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Terminologie et concepts
narratologiques |
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Définitions |
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narratif - argumentatif - informatif - descriptif - dialogue La linguistique se limite à étudier la langue au niveau de la phrase. Des étendues de texte au-delà de la phrase (paragraphe, texte...) sont étudiées par une discipline assez récente qui s'appelle la grammaire du texte. C'est donc la grammaire du texte qui cherche à caractériser les textes selon qu'ils racontent, argumentent, décrivent, informent, etc. On parle de différents types de textes (text types) et les critères pour les distinguer sont très discutés. Voir Adam 1997 et Kibédi-Varga 1989. Noter aussi la différence entre discours et texte. En classant un texte selon son type, il est essentiel de tenir compte de ce que Bakhtine appelle "l'hétérogénéité compositionnelle". Un texte narratif, comme un roman, contient presque toujours des séquences descriptives ou argumentatives (commentaires). À l'intérieur d'une séquence, certains détails peuvent appartenir à un autre type de texte. (Cette terminologie (séquence, détail) est de moi, BG. Il ne s'agit pas de catégories nettes, comme la proposition ou la phrase en linguistique, mais d'étiquettes commodes pour des éléments définis plus ou moins intuitivement.) Kibédi-Varga dans son Discours, récit, image, voit une opposition entre narratif et argumentatif. Il parle des "deux grandes catégories de textes écrits argumentatif et narratif" (1989: 40). Pour lui, narratif et argumentatif s'opposent - et excluent d'autres principes - du point de vue des principes de construction des textes. Un texte véhicule des informations. Il peut le faire sans principe d'organisation, à la manière d'une liste, d'une description désordonnée, ou il peut adopter l'une des deux formes "artificielles" de transmission adoptées par notre culture: "Ainsi, la narration est une forme artificielle tout à fait privilégiée d'une telle transmission de connaissances; le consensus sur un certain nombre de valeurs sociales (exemple: "il faut se marier pour vivre heureux") permet de démarrer et ensuite de terminer. L'information a lieu à l'intérieur de ce cadre artificiel, c'est-à-dire que sa présentation dépend des lois de la narration, elle est soumise aux règles du genre. La seconde forme artificielle très répandue est celle de l'argumentation. [...] l'argumentation est une forme d'action plus directe sur le destinataire, une forme qui relègue au second plan la cause de l'information. Contrairement à la description et à la narration qui lui accordent une large place, ce qui reste ici du message, se trouve strictement soumis à la volonté de persuader le desitnataire. (1989: 16)
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Hétérogénéité: "Quant à la jeune fille, elle était mal coiffée, négligeable, se gorgeait de livres que lui prêtait un petit étudiant juif de Riga, et méprisait les garçons." (91) (Séquence descriptive, avec détails argumentatifs (négligeable, petit), et narratifs (se gorgeait de livres...)) Informatif: Seul un quart des Français (25%) a le sentiment que les données informatiques sensibles comme les numéros de cartes bancaires ou les dossiers de la Sécurité sociale sont bien protégées, indique un sondage Ipsos publié jeudi. Narratif: There was a young lady of Niger Narratif: La sonde américaine NEAR Shoemaker, qui approche de la fin de sa mission, mettra à feu le 24 janvier ses moteurs pour effectuer jusqu'au 28 cinq ou six passages entre 6 et 2 kilomètres du petit astre de 33 km de long sur 13 km de diamètre.
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exemplum Il existe des cas d'insertion de séquences narratives ou parfois descriptives qui ont un statut spécial, comme l'exemplum (histoire racontée pour illustrer un aspect d'une argumentation). On peut considérer certains détails narratifs comme des ébauches d'exempla, en ce sens qu'ils renvoient à un incident, une scène qui aurait pu avoir été développée narrativement. (Le concept d'ébauche d'exemplum est de moi, BG.)
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Exemplum: "J'étais couché sur un tapis de laine précieuse, sous une tente drapée d'étoffes chatoyantes et lourdes. Un page me massait les pieds. Du dehors, m'arrivaient les rares bruits de cette nuit d'Asie: une conversation d'esclaves chuchotant à ma porte; le froissement léger d'une palme; Opramoas ronflant derrière une tenture; le frappement de sabot d'un cheval à l'entrave; plus loin, venant du quartier des femmes, le roucoulement mélancolique d'un chant. Le brahmane avait dédaigné tout cela." (398) La dernière phrase constitue l'argumentation. Le reste est là exclusivement pour illustrer, en creux, ce que constitue l'ascétisme. Ébauche d'exemplum: "Dans les rencontres moins sensuelles, c'est encore dans le contact que l'émotion s'achève ou prend naissance: la main un peu moite de cette vieille qui me présente un placet, le front moite de mon père à l'agonie, la plaie lavée d'un blessé." (296) Trois ébauches: la vieille qui présente, le père qui meurt, l'esclave qui est soigné.
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récit - histoire - narration - diégèse "Je propose [...] de nommer histoire le signifié ou contenu narratif (même si le contenu se trouve être en l'occurrence, d'une faible intensité dramatique ou teneur événementielle), récit proprement dit le signifiant, énoncé, discours ou texte narratif lui-même, et narration l'acte narratif producteur et, par extensionl l'ensemble de la situation réelle ou fictive dans laquelle il prend place." Genette 1972: 72 En note, Genette dit qu'il prend diégèse dans le même sens qu'histoire. Plus tard, il appellera diégèse plutôt le monde où l'histoire a lieu: "L'histoire racontée par un récit ou représentée par une pièce de théatre est un enchaînement, ou parfois modestement une succession d'événements et/ou d'actions; la diégèse, au sens où l'a proposée l'inventeur du terme (Etienne Souriau si je ne m'abuse) et où je l'utiliserai ici, c'est l'univers où advient cette histoire." Genette, Palimpsestes 1982: 342 |
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énoncé - énonciation C'est le linguiste Benveniste qui est l'initiateur d'un regard nouveau sur la langue et les textes en démontrant qu'un texte n'est pas simplement la somme de ses mots et de leurs combinaisons, mais aussi une énonciation, c'est-à-dire une "mise en fonctionnement de la langue par un acte individuel d'utilisation" (1974: 80). L'énonciation est donc "l'acte même de produire un énoncé et non le texte de l'énoncé" (1974: 80). Mettre l'accent ainsi sur l'énonciation, c'était: -à l'origine, chercher les traces linguistiques de l'énonciation dans les textes (je, tu, maintenant), et donc classer les textes en deux sortes, que Benveniste baptisa histoire et discours. (Voir ci-après) Cette approche a été abandonnée, sauf par la narratologie qui continue de travailler sur les traces de l'énonciation dans le texte. -deuxièmement, et bien plus révolutionnairement, ouvrir le chemin à des approches qui embraient le texte sur le social et l'idéologique, en montrant les multiples déterminations du texte (intertextualité et interdiscours, contraintes de genre (genres de discours - Bakhtine), intentionnalités...). C'est cette ouverture qui donne lieu donc aux différentes disciplines qui étudient le discours. Commentaire de Barthes: “L'énoncé, objet ordinaire de la linguistique, est donné comme le produit d'une absence de l'énonciateur. L'énonciation, elle, en exposant la place et l'énergie du sujet, voire son manque (qui n'est pas son absence), vise le réel même du langage; elle reconnaît que le langage est un immense halo d'implications, d'effets, de retentissements, de tours, de retours, de redans; [...] les mots ne sont plus conçus illusoirement comme de simples instruments, ils sont lancés comme des projections, des explosions, des vibrations, des machineries, des saveurs: l'écriture fait du savoir une fête." Barthes, Leçon, Paris, Seuil, 1978, p. 20 |
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histoire - discours "deux plans d'énonciation différents, que nous distinguerons
comme celui de l'histoire et celui du discours."
Benveniste 1966: 238 Cette distinction faite par Benveniste est souvent reprise, mais il faut se rappeler que les deux mots, discours et histoire, sont pris dans des sens différents des sens, plus courants aujourd'hui, donnés par Genette (voir ci-dessus).
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Le texte suivant est donné par Benveniste (1966: 241) comme exemple d'histoire, de récit pur, ne contenant aucun signe d'énonciation. “Après un tour de galerie, le jeune homme regarda tour à tour le ciel et sa montre, fit un geste d’impatience, entra dans un bureau de tabac, y alluma un cigare, se posa devant une glace, et jeta un regard sur son costume, un peu plus riche que ne le permettent en France les lois du goût. Il rajusta son col et son gilet de velours noir sur lequel se croisait plusieurs fois une de ces grosses chaînes d’or fabriquées à Gênes; puis, après avoir jeté par un seul mouvement sur son épaule gauche son manteau doublé de velours en le drapant avec élégance, il reprit sa promenade sans se laisser distraire par les oeillades bourgeoises qu’il recevait.” Balzac, "Gambara", dans La Comédie humaine, X, Paris, Bibliothèque de la Pléiade, 1979, p. 460. Mais déjà, Benveniste est obligé d'avouer qu'il y a dans ce texte-histoire "une réflexion de l'auteur qui échappe au plan du récit" (Trouvez-la...) . Autrement dit, il n'y a pas vraiment deux plans discrets et opposés: l'énonciation marque tous les textes, même ceux qui la cachent. Il n'y a que des textes à marques d'énonciation plus ou moins manifestes. |
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texte - discours On oppose souvent aujourd'hui (depuis les années 1980) deux "objets d'analyse", le texte (ou énoncé) et le discours. Ces objets d'analyse ne sont pas des objets concrets différents: le même texte, disons un conte ou un article de journal, pourra être étudié comme texte ou comme discours, selon l'approche choisie. La linguistique, la grammaire textuelle et la narratologie travaillent normalement sur le texte, tandis que l'analyse du discours au sens large, la sociolinguistique, la rhétorique (dans un de ses sens), l'analyse conversationnelle, etc. analysent le discours, c'est-à-dire les rapports entre un texte et son énonciation, ses conditions (idéologiques, sociales, psychologiques) de production. Ainsi Jean-Michel Adam, spécialiste des types de texte (text-types), affirme qu'il travaillera dans son livre (Adam 1997) sur le texte, conçu comme objet abstrait, en laissant de côté le discours, qui est selon lui un objet concret “produit dans une situation déterminée sous l’effet d’un réseau complexe de déterminations extralinguistiques (sociales, idéologiques)” (Fuchs 1985:22, cité par Adam 1997:16) Adam écartera donc provisoirement toute détermination extra-linguistique. La narratologie classique travaille aussi exclusivement sur le texte, en mettant entre parenthèses son énonciation, ses conditions de production. Noter plusieurs autres sens de discours: (1) Genette, lorsqu'il parle en 1972 du discours du récit, emploie discours dans un sens différent, proche du sens de texte. (2) Avec Foucault, discours prend un sens plus large et, en tant qu'ensemble de règles et de conventions qui nous entourent, lieu de l'idéologie, devient une des déterminations essentielles des textes, se substituant dans cette fonction au sujet, à l'auteur. |
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diégésis - mimesis // telling - showing // scène - sommaire Platon oppose deux modes narratifs, selon que le poète parle en son non (récit pur, haplé diégésis - c'est le récit) ou qu'il s'efforce de donner l'illusion que ce n'est pas lui qui parle (mimesis - c'est le drame). Cette opposition entre la présence du narrateur et son absence (feinte) est reprise par les narratologues anglo-saxons dans l'opposition telling/showing. Cf. Genette 1972: 184ss. et Booth "Telling and Showing", 1983: 3-20 "All narrators and observers, whether first or third person, can relay their tales to us primarily as scene [...] , primarily as summary or what Lubbock called "picture" [...], or, most commonly, as a combination of the two." Booth 1983: 154 Booth y prend l'opposition entre scène et sommaire comme la même qu'entre telling and showing. James et Sartre rejettent
le telling. |
Sommaire classique : Un closier des environs de Chinon, nommé Jacques Birotteau, épousa la femme de chambre de la dame chez laquelle il faisait les vignes; il eut trois garçons, sa femmes mourut en couches du dernier, et le pauvre homme ne lui survécut pas longtemps. La maîtressse affectionnait sa femme de chambre; elle fit élever avec ses fils l'aîné des enfants de son closier, nommé François, et le plaça dans un séminaire. (Balzac) Comme le fait remarquer Genette, on trouve souvent de tels sommaires au début d'un roman classique. Sommaire: "Il [Trajan] perdit l'hiver au siège de Hatra" (352) "Une vague de terreur déferla sur Rome." (362) "Rome se calma" (364)) Scène: "Je suis descendu ce matin chez mon médecin Hermogène, qui vient de rentrer à la Villa après un assez long voyage en Asie. L'examen devait se faire à jeun: nous avions pris rendez-vous pour lespremières heures de la matinée. je me suis couché sur un lit après m'êmtre dépouillé de mon manteau de de ma tunique." (287) |
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auteur - lecteur Dans Nouveau Discours du récit, Genette rejette le concept d'auteur implicite ("image de l'auteur dans le texte") comme inutile, et assimile narrataire et lecteur virtuel, ce qui lui laisse deux instances de chaque côté. 1983: 94ss. (Ensuite, il les réintègre, mais en tant qu'idée de l'auteur, du lecteur, plutôt que comme instances narratives. 1983: 102-103) Dans The Narrative Act, Susan Lanser suggère que "the unmarked case of narration for public narrators is that the narrating voice is equated with the textual author (the extrafictional voice or "implied author") unless a different case is marked - signaled - by the text." 1981: 151 |
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intradiégétique - extradiégétique Genette introduit ces caractérisations des narrateurs pour indiquer
Pour opposer le narrateur de Denier du rêve ("3e personne") et celui de Mémoires d'Hadrien ("1ère personne") il faut dire en principe que le premier est extra-hétérodiégétique et le deuxième extra-homodiégétique. Genette 1972: 255-256 En fait, on s'en tient normalement aux termes de homo- et hétéro-diégétique. |
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sémiotique - herméneutique Ricoeur distingue entre la sémiotique qui se limite au texte et l'herméneutique qui cherche à comprendre le fonctionnement du texte dans le monde: "Pour une sémiotique, le seul concept opératoire reste celui du texte littéraire." 1983: 86 ["Points", 107] "la tâche de l'herméneutique [est] de reconstruire l'ensemble des opérations par lesquelles une oeuvre s'enlève sur le fond opaque du vivre, de l'agir et du souffrir, pour être donné par un auteur à un lecteur qui la reçoit et ainsi change son agir."1983: 86 ["Points", 106-7] |
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mimèsis 1, 2, 3 Pour Ricoeur, la mise en intrigue (muthos) du récit ne peut être comprise sinon comme médiation entre une expérience (humaine) préfigurée (mimesis 1) et une expérience refigurée (mimesis 3): "L'enjeu est donc le procès concret par lequel la configuration textuelle [mimèsis 2] fait médiation entre la préfiguration du champ pratique [mimèsis 1] et sa refiguration [mimèsis 3] par la réception." 1983: 86 ["Points" 107] "Ces trois opérations - préfiguration, configuration, refiguration - soulignent les liens du récit et de l'action avec le temps" (Mongin 1998: 139) Il faut noter que mimèsis est pris ici au sens aristotélicien ("activité mimétique", dit Mongin 1998: 139), qui englobe le couple platonicien de mimesis-diégésis. C'est dire que mimèsis chez Ricoeur ne s'oppose pas à diégésis. |
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focalisation zéro, interne, externe Genette sépare clairement la narration (Qui parle?) et la focalisation (Qui perçoit?). Le récit à focalisation zéro perçoit tout du point de vue du narrateur. Le récit à focalisation interne offre le point de vue d'un personnage (fixe, variable ou multiple), et le récit à focalisation externe présente les faits du dehors, sans jamais entrer dans les pensées d'un personnage. Genette 1972: 206ss. |
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singulatif - itératif Genette oppose un récit singulatif ("Raconter une fois ce qui s'est passé une fois") et un récit itératif ("raconter une seule fois (ou plutôt: en une seule fois) ce qui s''est passé n fois"). 1972: 146-7 Le récit singulatif tend à employer le passé simple (aoriste) ou le passé composé en français (Il entra dans un bureau de tabac), tandis que l'itératif est le plus souvent à l'imparfait (Tous les jours je me levais de bonne heure). "La fonction classique du récit itératif est donc assez proche de celle de la description [...] Comme la description, le récit itératif est, dans le roman traditionnel, au service du récit "proprement dit", qui est le récit singulatif. 148 |
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anachronies - prolepse - analepse - syllepse Les anachronies sont "les différentes formes de discordance entre l'ordre de l'histoire et celui du récit" Genette 1972: 79 Le récit littéraire fait rarement coïncider l'ordre du récit et celui de l'histoire: "On sait que [le] début in medias res suivi d'un retour en arrière explicatif deviendra l'un des topoï formels du genre épique, et aussi combien le style de la narration romanesque est resté sur ce point fidèle à celui de son lointain ancêtre." 79 Genette dit donc que "pour éviter les connotations psychologiques attachées à l'emploi de termes comme "anticipation" ou "rétrospection" [...] nous les éliminerons le plus souvent au profit de deux termes plus neutres: désignant par prolepse toute manoeuvre narrative consistant à raconter ou évoquer d'avance un événement ultérieur, et par analepse toute évocation après coup d'un événement antérieur au point de l'histoire où l'on se trouve, et réservant le terme g'neéral d'anachronie pour désigner toutes les formes de discordance entre les deux ordres temporels, dont nous verrons qu'elles ne se réduisent pas entièrement à l'analepse et à la prolepse." 1972: 82 "on pourrait nommer syllepses (fait de prendre ensemble) temporelles ces groupements anachroniques commandés par telle ou telle parenté, spatiale, thématique ou autre." 1972: 121 note. |
Prolepse: "Mais le compagnon de mes dernières chasses est mort jeune, et mon goût pour ces plaisirs violents a beaucoup baissé depuis son départ." (289) C'est Hadrien évoquant la mort d'Antinoüs. En fait, une bonne part de Animula, vagula, blandula, le premier chapitre d'Hadrien, évoque en prolepses poétiques les événements de la vie passée d'Hadrien. Les chapitres suivants reprennent ensuite cette vie depuis ses débuts et la suivent plus ou moins chronologiquement. C'est un emploi très particulier de la prolepse, par la multiplicité de références, par leur indétermination chronologique, et par le fait que la plupart ne sont pas repris dans le récit qui suit, pour lequel elles constituent une sorte de toile de fond.. "Serai-je emporté par la dizième crise, ou par la centième?" (288) Prolepse externe, puisqu'elle évoque, nécessairement, un événement qui aura lieu après lafin du livre. |
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récits de paroles - discours narrativisé - discours direct - discours indirect - discours indirect libre - monologue intérieur Genette (1972: 189ss.) distingue entre les récits d'événements et les récits de paroles. Les premiers racontent ce qui se passe et les derniers ce qui est dit ou pensé. Parmi les récits de paroles, il établit une hiérarchie selon le degré d'imitation. Il invente trois nouveaux termes qui n'ont pas été retenus par la critique par la suite (il appelle le discours direct le discours rapporté, le discours indirect le discours transposé et le monologue intérieur le discours immédiat.) et un nouveau terme très utile, le discours narrativisé. En utilisant les termes couramment retenus, la hiérarchie, du plus mimétique au moins mimétique, est donc la suivante: monologue intérieur Genette fait remarquer que dans le discours indirect libre, ou style indirect libre, on ne distingue pas clairement parole et pensée, narrateur et personnage. Dans le discours narrativisé, utilisé massivement par Yourcenar dans Mémoires d'Hadrien, on ne sait rien des paroles prononcées à part leur contenu sémantique. Susan Lanser propose une hiérarchie plus étoffée de ce qu'elle appelle "phraseological stance": Sources écrites (lettres, journaux, documents)
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monologue intérieur: "Il faut absolument que j'épouse Albertine. C'est ridicule, je ne peux pas attendre. Comment le dire à ma mère?" etc. (C'est le discours direct "émancipé de tout patronage narratif" (Genette 1972: 193) discours direct: "Il faut absolument que j'épouse Albertine" discours indirect: "Je dis à ma mère qu'il me fallait absolument épouser Albertine" discours indirect libre: "J'allai trouver ma mère: il me fallait absolument épouser Albertine." discours narrativisé: "J'informai ma mère de ma décision d'épouser Albertine" "J'ai réfléchi par la suite aux dangers que ce sortes de sociétés presque secrètes pourraient faire courir à l'État" Y 326 "Une nuit [mon grand-père] vint à moi, me secoua pour me réveiller, et m'annonça l'empire du monde" Y 308 "Cet homme pourtant si fin m'a débité de vagues formules de réconfort, trop banales pour tromper personne" Y 288 "je fus chargé par lui de mettre le feu à cet étrange tas d'hommes" Y 329
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L'analyse du point de vue textuel de Susan Lanser
Pour caractériser le point de vue textuel, Susan Lanser (1981: 149-225) propose de mesurer la position du narrateur sur une trentaine d'axes représentant le statut, le contact et l'attitude (status, contact, stance) du narrateur vis-à-vis de son histoire et des personnages. Ces axes représentent par exemple la distance séparant l'auteur et le narrateur, la distance entre le narrateur et l'histoire racontée (hétéro - homo), l'emploi du récit en scène ou le récit sommaire, etc. Lanser suggère qu'un inventaire du statut, de l'attitude et du contact du narrateur permettra d"'explorer des homologies possibles entre le point de vue textuel et l'activité littéraire qui l'a produit". (223)
Certains des axes proposés par Susan Lanser peuvent être vus comme représentant une opposition entre récit mimétique et récit diégétique.
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L'opposition entre le récit pur, où le narrateur parle en son nom, et
le récit mimétique, qui montre les événements et les paroles avec un
minimum d'intervention du narrateur est en fait plutôt une ligne continue,
et peut donc être représentée sur plusieurs axes. On adopte ici un
arrangement vertical pour la commodité mais il faut comprendre le haut
comme étant à gauche et le bas comme étant à droite. En général, plus le récit est diégétique, plus l'auteur se montre, moins de liberté apparente il offre aux personnages et au lecteur. Les extrêmes des axes peuvent être représentés ainsi: |
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Discours direct (paroles) Discours direct (pensées, monologue intérieur) Style indirect libre Style indirect Psychorécit Discours du narrateur Proverbes, vérités générales (Lanser: 1981: 187) |
"Cet homme pourtant si fin m'a débité de vagues formules
de réconfort" 288
"le sorcier qui m'a prédit que je ne me noierai pas" 288 | ||||||||||
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Vue "suprapersonnelle" d'un personnage (il voit mais on le voit aussi) Témoin invisible Vue passant d'un personnage à un autre Vue libre dans une scène Vue à vol d'oiseau Vue panoramique |
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"the degree of information presented about any character (or object or event) participates in determining the distance between the narrative voice and that character" Lanser 1981: 203 | |||||||||||
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Il peut y avoir des "limitations on privilege", des restrictions sur
ce que le narrateur peut savoir: "These limitations restrict a given
individual to the "contents" of only one mind - his or her own.
[...] The traditional third-person narrator, on the other hand, conventionally has the authority to be omniscient, which means s/he may have acces to every character's mind." (1981: 161) |
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Confidence Power Relations Formality |
To what extent the narator is conscious of relating a story, makes
references to it, to the act of narrating. To what extent the narrator is confident about narrating Whether s/he treats the narratee with deference or contempt. Degree of formality or intimacy the narrator shows. 180-1 |
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Objective or Subjective |
The narrator gives us more or less information about each character, filtered more or less. 205-6 | |||||||||||
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Distance between seeing things completely from the outside or through characters' consciousness. | |||||||||||
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Whether a character's words and actions, thoughts, preverbalized processes (feelings) or unconscious processes are shown. 212 | |||||||||||
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Variations from fixed focalization through variable focalization to free focalization or non focalization. 213 | |||||||||||
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Narrator's approval or disapproval of a character. 215 | |||||||||||
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Figural - Literal Internal - External Relation to Culture Text Degree of reinforcement |
Whether the ideology of the narrator or character is expressed
explicity or is embedded in value-laden lexis, register and subordinated
syntax. The ideology may be expressed in addition literally or
figuratively, and be internal, expressed in textual actions themselves, or
external, emerging from comments by the narrator or discussions between
characters. What is the ideological stance's relation to the broader
culture text against which the text is read? To what extent is a particular piece of ideology isolated or reinforced in the text 217-20 |