La francophonie internationale
La légende baoulé
Texte et notes de textes tirés de À votre
tour, Intermediate French, Jean-Paul et Rebecca Valette, D. C. Heath and
Company, 1995, p 380-381
Questions de compréhension et de vocabulaire, sujets de discussion : Odile Rollin – Eileen Lohka (2002)
Il y a longtemps, très longtemps, vivait au bord d’une lagune calme, une tribu
paisible (peaceful) de nos frères. Ses jeunes hommes étaient nombreux, nobles et
courageux, ses femmes étaient belles et joyeuses. Et leur reine, la reine
Pokou, était la plus belle parmi les plus belles.
Depuis
longtemps, très longtemps, la paix était sur eux et les esclaves mêmes, fils
des captifs des temps révolus (long past), étaient heureux auprès de
leurs heureux maîtres.
Un
jour, les ennemis vinrent (arrived) nombreux comme des magnans (red ants). Il fallut quitter les paillotes (straw huts),
les plantations, la lagune poissonneuse, laisser les filets (nets),
tout abandonner pour fuir(to flee).
Ils
partirent dans la forêt. Ils laissèrent aux épines (thorns) leurs
pagnes (short
vegetal skirt), puis leur chair (flesh). Il
fallait fuir toujours, sans repos, sans trêve (unceasingly),
talonné (followed) par l’ennemi féroce.
Et
leur reine, la reine Pokou, marchait la dernière, portant au dos son enfant. À
leur passage l’hyène ricanait (riait très fort), l’éléphant et le sanglier (cochon sauvage) fuyaient, le chimpanzé grognait et le lion étonné s’écartait du chemin.
Enfin
les brousailles (brush)
apparurent, puis la savane et les rôniers (palm trees) et, encore une fois, la horde entonna (started singing) son
chant d’exil :
Mi
houn Ano, Mi houn Ano,blâ ô
Ebolo
nigué, mo ba gnan min –
(Mon
mari Ano, mon mari Ano, viens,
Les
génies de la brousse m’emportent.)
Harassés,
exténués (très
fatigués), amaigris, ils arrivèrent sur le soir au bord
d’un grand fleuve dont la course se brisait sur d’énormes rochers. Et le fleuve
mugissait (was
roaring), les flots montaient jusqu’aux cimes des
arbres et retombaient et les fugitifs étaient glacés d’effroi (frozen with fright).
Consternés,
ils se regardaient. Était-ce là l’Eau qui les faisait vivre naguère (dans le passé), l’Eau, leur grande amie ? Il avait fallu qu’un mauvais génie l’excitât
contre eux.
Et
les conquérants devenaient plus proches.
Et pour
la première fois, le sorcier (witch doctor) parla : « L’eau
est devenue mauvaise, dit-il et elle ne s’apaisera que quand nous lui aurons
donné ce que nous avons de plus cher. » Et le chant d’espoir
retentit (resounded):
Ebe nin flê nin ba
Ebe nin flâ nin nan
Yapen’sè
ni dja wali
Quelqu’un
appelle sa mère
Quelqu’un
appelle son père
Les
belles filles se marieront
Et
chacun donna ses bracelets d’or et d’ivoire, et tout ce qu’il avait pu sauver.
Mais le sorcier les repoussa du pied et montra le jeune prince, le bébé de six
mois : « Voilà, dit-il, ce que nous avons de plus précieux. »
Et
la mère, effrayée, serra son enfant sur son cœur. Mais la mère était aussi la
reine et, droite au bord de l’abîme, elle leva l’enfant souriant au-dessus de
sa tête et le lança dans l’eau mugissante (roaring).
Alors
les hippopotames, d’énormes hippopotames émergèrent et, se plaçant les uns à la
suite des autres, formèrent un pont et sur ce pont miraculeux le peuple en
fuite passa en chantant :
Ebe nin flê nin ba
Ebe nin flâ nin nan
Yapen’sè ni dja wali
Quelqu’un appelle sa mère
Quelqu’un appelle son père
Les belles filles se marieront
Et la
reine Pokou passa la dernière et trouva sur la rive (shore) son
peuple prosterné (prostrate).
Mais
la reine était aussi la mère et elle put dire seulement « balouli »,
ce qui veut dire : l’enfant est mort.
Et
[c’est grâce à] la reine Pokou [que] le peuple garda le nom de Baoulé.
Notes
sur l’auteur :
Bernard Dadié, né ne 1916, est originaire
de Côte d’Ivoire. C’est l’un des
écrivains les plus féconds de la littérature africaine d’expression française.
Il a écrit des contes, des poèmes, des romans et des pièces de théâtre.
Militant nationaliste, Dadié a été arrêté en 1949 et a passé seize mois en
prison pour ses activités politiques. Après l’indépendance de la Côte d’Ivoire,
il a été nommé Ministre de la Culture de son pays.
La légende baoulé est extraite du livre
Légendes africaines. Dans ce récit, Dadié explique comment son peuple, les
Baoulés, ont reçu leur nom grâce au sacrifice de leur reine, la reine Pokou.
Questions :
1.
Quels
éléments caractérisent le village au début de l’histoire?
2.
Quels
sont les personnages principaux ?
3.
Commentez
la relation maître/esclave.
4.
À
votre avis, qui sont les ennemis ?
5.
Quels
éléments évoquent l’Afrique ?
6.
Quels
mots / images évoquent la peur ?
7.
Quels
adjectifs décrivent le peuple baoulé ? La reine ?
8.
Pourquoi
est-ce que le peuple écoute le sorcier ? Pourquoi la reine accepte-t-elle de
jeter son bébé dans les eaux mugissantes ?
9.
Que
représentent les animaux ?
10. Quelle est l’importance de la
famille dans cette histoire ?
11. Quels éléments révèlent que ce texte
est une légende ?
Exercices
de vocabulaire :
1.
Donnez
le synonyme de chacun des mots suivants :
2.
Complétez
les phrases suivantes à l’aide du vocabulaire ci-dessus. Certains mots peuvent être utilisés
plusieurs fois.
Discussion.
1.
Dans
votre groupe d’amis, quelle place accordez-vous à l’entraide ?
2.
Votre
conception du bonheur est-elle semblable à celle du peuple baoulé ?
3.
Racontez
la légende du point de vue de la reine Pokou.
Dernière mise en page : 05 juin 2002
Odile Rollin - Eileen Lohka