Tartuffe (vv. 966-88)
Ah
! pour être dévot, je n'en suis pas moins homme[1]
;
Et
lorsqu'on vient à voir vos célestes appas,
Un
coeur
se laisse prendre, et ne raisonne pas.
Je
sais qu'un tel discours de moi paraît étrange ;
Mais,
Madame, après tout, je ne suis pas un ange
;
Et
si vous condamnez l'aveu que je vous fais,
Vous
devez vous en prendre à vos charmants attraits.
Dès
que j'en vis briller la splendeur plus qu'humaine,
De
mon
intérieur
vous fûtes souveraine
;
De
vos
regards divins
l'ineffable douceur
Força
la résistance où s'obstinait mon coeur
;
Elle
surmonta tout, jeûnes, prières, larmes,
Et
tourna tous mes voeux du côté de vos charmes.
Mes
yeux et mes soupirsvous
l'ont dit mille fois,
Et
pour mieux m'expliquer j'emploie ici la voix.
Que
si vous contemplez d'une âme un peu bénigne
Les
tribulations de votre esclave indigne,
S'il
faut que vos bontés veuillent me consoler
Et
jusqu'à mon néant daignent se
ravaler,
J'aurai
toujours pour vous, ô suave merveille,
Une
dévotion à nulle autre pareille.
Votre
honneur avec
moi ne court point de hasard,
Et
n'a nulle disgrâce à craindre de ma part.