Daniel Maher
La rhétorique et les figures de style
La rhétorique,
l'art de bien parler, est aussi l'art de persuader (voir le Petit
Robert). Partie intégrale de l'éducation classique, elle
sert toujours dans tout discours qui vise à provoquer un effet
sur son public (pensez à la politique et à la
publicité en particulier). Les figures (selon les
critiques, on dit aussi figures de style ou figures de
rhétorique) sont des procédés
stylistiques destinés à faire passer le message de
façon
éloquente et persuasive.
"Les figures de sens, [...] consistent donc à employer un
terme avec une signification qu'il n'a pas habituellement, (...)."
(Olivier Reboul, 1996, 42)
La plupart des critiques distingue trois figures fondamentales, la
métaphore, la métonymie et la synecdoque. Les
définitions suivantes sont adaptées surtout de Reboul.
Les autres ressources fournies ont parfois une interprétation un
peu différente.
- La métonymie
consiste à désigner un objet par le nom d'un autre objet,
les deux ayant entre eux un lien habituel qui permet donc
à
l'un d'évoquer l'autre et qui donne ainsi un sens au message.
Parmi
les rapports, l'on cite souvent:
- le contenant pour le contenu (boire
un verre pour boire ce qu'il y a dans ce verre),
- l'objet pour la personne (le
trombone pour joueur de trombone, le deuxième
violon),
- le lieu pour l'objet fait dans ce lieu
(un bordeaux pour un vin de Bordeaux),
- le lieu pour la personne habitant ce lieu (la
Maison Blanche pour le président américain, le Ciel pour
Dieu)
- la matière pour l'objet (le
fer pour l'épée, un jean pour un
pantalon
fait de ce tissu),
- le nom propre pour un objet
créé par la personne (lire un Camus pour un livre
de Camus, acheter un Renoir pour un tableau de Renoir,
voir le dernier (film de) Truffaut, Spielberg)
- et la cause pour l'effet (les lauriers
pour la gloire).
La synecdoque
est si proche de la métonymie que certains critiques en font un
sous-classement. Elle s'en distingue du fait que les objets ont entre
eux un rapport de nécessité:
- la partie pour le tout -cent voiles pour cent bateaux,
20 têtes (ou bien âmes) pour vingt personnes,
le bras pour le guerrier,
- le nom propre représentant du type pour le nom commun
-un judas pour un traître, un tartuffe
pour un hypocrite, un harpagon pour un avare
(cf. l'anglais Scrooge).
La métaphore
est fondée sur une ressemblance entre les termes. Elle constitue
une comparaison implicite. Le lien entre les deux termes est
beaucoup moins étroit que dans la métonymie ou la
synecdoque. Le vocabulaire amoureux classique emploie souvent des
métaphores associées à la chaleur telles Ma
flamme, brûler, mes feux. On
peut souvent insérer une expression telle que "semblable
à",
"pareil à" ou "comme" sans changer le sens
Ce guerrier est un lion. (Guerrier comparé, lion
comparant)
Cette chanteuse est un rossignol (Chanteuse comparé,
rossignol comparant)
ou on peut employer seulement le comparant - Ce lion, ce rossignol.
Lorsqu'une métaphore se prolonge sur plusieurs termes, on parle
d'une métaphore filée. Notez la prolongation de la
métaphore maritime dans les vers suivants:
Un orage si prompt qui trouble une bonace
D'un naufrage certain nous porte la menace
Je n'en saurais douter, je péris dans le port.
(Chimène, le Cid vv.449-451).
Les autres figures de style (personnification,
antithèse, oxymore, répétition, hyperbole, litote,
euphémisme etc. ), sont définies dans votre
manuel et dans les pages préparées par Madame
Dansereau http://fis.ucalgary.ca/fr/339/figuresED.htm
et http://fis.ucalgary.ca/fr/339/FigOpp.htm.
On peut aussi consulter un des textes ci-dessous, le Petit Robert ou
une des ressources en-ligne.
Références
- Olivier Reboul, La Rhétorique, collection Que
sais-je? 5e édition, PUF, 1996, (surtout 35-48).
- Joëlle Gardes-Tamine et Marie-Claude Hubert, Dictionnaire
de critique littéraire, collection Cursus, Armand Colin,
1996.
- Bernard Dupriez, Gradus, les procédés
littéraires, 10/18, 1984.
Sites WWW:
mise à jour le 14 octobre 2003