Les Français ont moins colonisé l'Amérique que les Anglais et les Espagnols. Cependant, dès le XVIe siècle, ils se sont installés dans la région qu'ils appelaient la Nouvelle France, et qui est aujourd'hui le Québec. Un siècle plus tard ils prennent la Louisiane, une région bien plus grande que la Louisiane d'aujourd'hui, composée en fait alors par tout le bassin du Missisipi.
La colonisation de la Nouvelle France a eu des débuts très difficiles. Les Français étaient mal préparés pour passer des hivers sévères, et beaucoup mouraient chaque année. La vie en général était très dure. De plus, les colons devaient se défendre constamment, tantôt contre les Iroquois, habitants de la région, qui résistaient à l’occupation, tantôt contre les Anglais, qui cherchaient à prendre possession du pays au nom du roi d’Angleterre.
Les grandes étapes dans l'occupation française du Canada:
En 1534, Jacques Cartier découvre le golfe du Saint-Laurent, pensant que c’est le début du fameux passage du Nord-Ouest. Il plante une croix en Gaspé (image ci-dessus) et prend possession du territoire au nom du roi français. L’année suivante, il revient, remonte le fleuve jusqu’à Hochelaga, site plus tard de la ville de Montréal, et passe un premier hiver dans le pays.
En 1608, Champlain fonde la ville de Québec, ayant déjà pris possession de Terre Neuve et d’Acadie au nom du roi de France. La ville de Montréal est fondée en 1642. Il y a alors environ 300 colons dans toute la Nouvelle France.
Dès 1615, des missionnaires arrivent pour convertir les Amérindiens et se charger de l’enseignement. En 1663, les premières filles du roi sont envoyées par Louis XIV pour augmenter le nombre de colons. Il y en a alors 2 500, contre 80 000 en Nouvelle Angleterre.
En 1713, par le traité d’Utrecht, la France cède l’Acadie aux Anglais et reconnaît leurs droits sur le territoire de la Baie d’Hudson et Terre Neuve.
En 1755, les Anglais déportent 13 000 Acadiens, de langue française, vers la nouvelle Angleterre. (Voir plus loin.)
De 1756 à 1763, la Guerre de Sept Ans oppose l’Angleterre et la France, en Europe et en Nouvelle France. Finalement, le général français Montcalm est battu sur les plaines d’Abraham, devant la ville de Québec, en 1760. Par le traité de Paris, en 1763, le roi français, Louis XV, cède la Nouvelle France à l’Angleterre. C’est la fin politique de la colonie française, qui appartient dorénavant à l’Angleterre.
La vie en Nouvelle France: les métiers
La vie des habitants est racontée dans Maria Chapdelaine, un roman de Louis Hémon, publié en 1913. Bien qu'il évoque une période plus moderne, le roman donne une idée des difficultés de la vie de pionniers. Quelques extraits sont donnés plus loin.
La population de la Nouvelle France était faite d’aristocrates et de gens du peuple. Parmi ces derniers, il y avait au début surtout des fermiers, mais des fermiers qui ont dû s’adapter à une vie bien différente de celle qu’ils connaissaient en France.
Les habitants
La plupart des colons étaient ce qu’on appelait des habitants: ils travaillaient la terre. Mais cette terre ne leur appartenait pas. Dès 1627 (moins de 200 colons au Québec), on établit le système seigneurial, qui ressemble au système féodal utilisé en France au moyen-âge. Dans ce système, qui dure jusqu’en 1854, toutes les terres exploitées en Nouvelle France sont données par le roi à des seigneurs. Le seigneur, qui était soit un aristocrate, soit une institution comme l’Église catholique, avait tous les droits: il pouvait constituer un tribunal, exploiter un moulin, organiser une commune, donner un permis de chasse, de pêche ou de coupe de bois. Le seigneur faisait exploiter sa terre par des habitants, qui lui devaient un loyer et différentes sortes de taxes, et devaient parfois travailler pour le seigneur un certain nombre de jours par an. La ferme elle-même s'appelait une seigneurie.
Une seigneurie au Québec (Bibliothèque et Archives Canada)
Les coureurs des bois
La colonie fournissait aussi des fourrures à la France. Les Européens avaient besoin de peaux de castor pour faire des chapeaux. Au plus fort du commerce, jusqu’à 100 000 castors par an étaient chassés et tués pour leur peau. Les peaux provenaient des Hurons, une des Premières Nations, et à partir de 1652, il était permis aux habitants d’aller eux-mêmes chasser les castors. Ces chasseurs, souvent des militaires en fin de contrat, s’appelaient des coureurs des bois. Ils partaient vers la région des grands lacs et le Missisipi pendant de longues périodes, à pied ou plus souvent en canot, puis revenaient vendre leurs peaux dans les postes de traite.
Un livre récent (2003)
Sujet de Réflexion:
Le rôle du canot dans la création du Canada (Lire)
La drave
Le bois était un autre commerce important. Les habitants avaient besoin de bois pour construire des maisons et des palissades, mais ils pouvaient aussi le vendre aux grandes villes au sud. En hiver, quand ils ne pouvaient plus travailler la terre, beaucoup d’hommes partaient dans les forêts pour couper le bois: ils devenaient des bûcherons. Ils vivaient ensemble dans des camps (ou des chantiers) et après avoir coupé les grands pins, les traînaient vers les rivières avec des chevaux. Au printemps, à la fonte des neiges, les troncs d’arbres descendaient les rivières vers le fleuve et les villes. On appelle la drave ce transport du bois par les rivières. Certains hommes devenaient donc draveurs: ils guidaient les troncs d’arbres le long des rivières vers le fleuve et les villes.
Document
«Les chantiers, la drave, ce sont les deux chapitres principaux de la grande industrie du bois, qui pour les hommes de la province de Québec est plus importante encore que celle de la terre. D'octobre à avril les haches travaillent sans répit et les forts chevaux traînent les billots sur la neige jusqu'aux berges des rivières glacées; puis, le printemps venu, les piles de bois s'écroulent l'une après l'autre dans l'eau neuve et commencent leur longue navigation hasardeuse à travers les rapides. Et à tous les coudes des rivières, à toutes les chutes, partout où les innombrables billots bloquent et s'amoncellent, il faut encore le concours des draveurs forts et adroits, habitués à la besogne périlleuse, pour courir sur les troncs demi-submergés, rompre les barrages, aider tout le jour avec la hache et la gaffe à la marche heureuse des pans de forêt qui descendent.
Il y a trente ans, quand on a fait la ligne pour amener les «chars» de Québec, j'étais là, moué, et je vous dis que ça c'était de la misère. Je n'avais que seize ans, mais je bûchais avec les autres pour «clairer» la ligne, toujours à vingt-cinq milles en avant du fer, et je suis resté quatorze mois sans voir une maison. On n'avait pas de tentes non plus pendant l'été: rien que des abris en branches de sapin qu'on se faisait soi-même, et du matin à la nuit c'était bûche, bûche, bûche, mangé par les mouches et dans la même journée trempée de pluie et rôti de soleil.» (Louis Hémon, Maria Chapdelaine, Chapitre 5)
La vie en Nouvelle France: nécessités
Les Français ont dû s’adapter au nouveau pays, du point de vue de l’habillement, du logement et de la nourriture. Ils ont beaucoup appris des Premières Nations.
Pour se protéger contre le froid, ils portaient des manteaux de laine. À la tête, ils portaient des chapeaux en fourrure, aux pieds des moccassins, aux mains, des mitaines.
Ils mangeaient assez mal, surtout au début. Les fèves, le lard, la farine et la viande de porc étaient à la base du régime, avec de la viande de gibier et du poisson à l’occasion. Eutrope Gagnon, dans Maria Chapdelaine, décrit la nourriture des bûcherons à la fin du XIXe siècle:
Document
«Le lundi matin on ouvrait une poche de fleur et on se faisait des crêpes plein un siau, et tout le reste de la semaine, trois fois par jour, pour manger, on allait puiser dans le siau. Le mercredi n'était pas arrivé qu'il n'y avait déjà plus de crêpes, parce qu'elles se collaient toutes ensemble; il n'y avait plus rien qu'un bloc de pâte. On se coupait un gros morceau de pâte avec son couteau, on se mettait ça dans le ventre, et puis bûche et bûche encore!...» (Louis Hémon, Maria Chapdelaine, Chapitre 5)
Pour le logement, c’était au début des petites cabanes en bois. Dans les petites villes de Québec et de Montréal, elles étaient entourées de palissades pour se protéger contre des attaques. Plus tard, on construit des maisons en pierre, des maisons mitoyennes, avec des toits en pente raide. Les fenêtres étaient petites, car le verre, importé de France, valait cher.
Les Premières Nations
Intérieur de tipi (Bibliothèque et Archives Canada)
Lorsque les Français arrivent en Amérique, le pays est peuplé par les Premières Nations, qu’on appelle aussi Amérindiens ou autochtones. Les Premières Nations ont une vie et une culture bien à eux. Leur tradition est orale, profane et aussi sacrée, à la différence des Français, qui ont une tradition écrite.
En retournant en France en 1534, Jacques Cartier prend avec lui les deux fils du chef indien Donnacona. Les Français sont surpris par l’aspect des Amérindiens et les perçoivent comme des sauvages. (Pendant longtemps, le mot de sauvage est utilisé au Québec pour parler des Amérindiens.)
Parfois, les rapports avec les Premières Nations sont pacifiques. Mais les Français, comme les autres colonisateurs, anglais, espagnols et portugais, ne veulent pas simplement visiter: ils veulent posséder le nouveau pays. Les Français s’allient assez facilement avec les Hurons, mais les Iroquois n’acceptent pas les colonisateurs. Ils sont plus nombreux, mais les Français ont des armes à feu (des arquebuses). Le conflit durera longtemps, les Iroquois s’alliant plus tard avec les Anglais contre les Français, jusqu’en 1701, quand un traité de paix est signé.
Robe noire (Black Robe), film de l'Australien Bruce Beresford, avec des acteurs québécois, illustre la vie au XVIIe siècle au Québec. Il raconte l’aventure d’un missionnaire jésutie, arrivé de France en 1634, qui est capturé par les Iroquois. Le film a été critiqué par les Premières Nations pour l'image guerrière des autochtones qu'il projette.
(Lire une critique par Gary Farmer, acteur autochtone.)
Robe noire, le film à succès canadien qui relate la quête des missionnaires jésuites pour « sauver les âmes » des Hurons, a envenimé la situation, estime Farmer. « Robe noire a perpétué chaque mythe négatif répertorié au sujet de nos nations. Mais il a pourtant été honoré à titre de film de l'année et la compagnie qui l'a réalisé a reçu 60 millions de dollars du gouvernement canadien pour continuer dans la même veine. Après la crise d'Oka, il nous était déjà assez difficile d'avoir du sang mohawk dans les veines sans que nous ayons besoin de ce film. »
Selon Farmer, qui est membre de la nation Cayuga, Robe noire néglige un élément clé : « L'histoire des interactions entre les nouveaux venus et les Mohawks est toujours racontée du point de vue des Jésuites. Personne ne parle des cinq siècles de paix entre les six nations composant la confédération iroquoise. La vérité, c'est qu'à l'arrivée des Jésuites, la confédération n'allait en guerre qu'avec le consentement de cinquante chefs. Il devait y avoir une décision unanime, ce qui était difficile à obtenir. » Mais les Hurons ont été victimes des conséquences néfastes résultant de l'introduction de l'alcool par les nouveaux venus. « C'était une dent cariée qu'il convenait d'extraire, poursuit Farmer. Les Iroquois ont recommandé aux Hurons d'éloigner ceux qui n'avaient pas été affectés et ont annoncé qu'ils "nettoieraient leur territoire". Jamais les raisons pour lesquelles ces incidents se sont produits n'ont été mentionnées ; l'histoire réelle de l'origine du conflit historique entre peuples autochtones et non autochtones n'a jamais été racontée. » (Lire tout l'article)
Sujet de réflexion
La représentation des autochtones dans la culture nord-américaine (Lire aussi )
La lutte contre les Anglais
Pendant que les Français s’installaient en Nouvelle France, les Anglais occupaient la Nouvelle Angleterre. Les colons anglais étaient bien plus nombreux et l’Angleterre voulait prendre possession de tout le nouveau pays.
En 1641, on comptait 300 Français et 50 000 Anglais en Amérique. En 1715, il y avait 18 500 Français et 434 000 Anglais. L’Angleterre cherche à posséder les colonies françaises en Amérique. Voici les étapes principales de leur conquête:
1713 – En Europe, la France cède l’Acadie aux Anglais par le traité d’Utrecht et reconnaît les droits anglais sur le territoire de la Baie d’Hudson et sur Terre-Neuve
1755 – Les Anglais déportent 13 000 Acadiens vers la Nouvelle Angleterre (voir plus loin: "le grand dérangement").
1756 – En Europe, début de la Guerre de sept ans: la France attaquée par la Prusse et l’Angleterre en Europe et par les Anglais au Québec. (Lire aussi)
1760 – Défaite de Montcalm sur les plaines d’Abraham.
1763 – Louis XV cède la Nouvelle France à l’Angleterre par le traité de Paris
1763 marque donc la fin de la colonie française indépendante en Amérique. À partir de cette date, la Nouvelle France appartient à l’Angleterre. Cependant, les Anglais laissent au Français leurs terres, le droit de pratiquer leur religion (l’Angleterre était protestante) et leur langue.
Le grand dérangement
En 1755, les Acadiens, des francophones qui habitaient la région de la Nouvelle Écosse, ont été déportés par les Anglais vers la Nouvelle Angleterre, car on les soupçonnait de ne pas être loyaux envers la couronne britannique. Les Acadiens eux-mêmes appellent cette déportation “le grand dérangement”.
Beaucoup sont morts pendant le voyage en bateau. Parmi ceux qui arrivent, beaucoup finiront par s’évader vers la Louisiane, un territoire dont les Français avaient pris possession en 1672, mais qui allait être cédé aux Espagnols en 1762, peu après l’arrivée des Acadiens. Acadien a donné lieu au mot Cajun, encore utilisé pour désigner un certain type de cuisine courant en Louisiane. (Lire aussi)
Notez que la Nouvelle Écosse a été divisée en deux peu après (en 1784), lorsque la province du Nouveau Brunswick a été créée. Les habitants actuels des deux provinces se considèrent ainsi Acadiens.
Le 5 septembre 1755, 418 Acadiens furent réunis dans l'église de Grand Pré sous la surveillance de soldats en armes. Le colonel Winslow prit la parole et leur fit connaître la décision du gouverneur Lawrence:
«Je vous communique donc, sans hésitation, les ordres et instructions de Sa Majesté, à savoir que toutes vos terres et habitations, bétail et cheptel de toute nature sont confisqués par la couronne, et tous vos autres biens, sauf votre argent et vos meubles, et vous devez vous-mêmes être enlevés de cette province qui leur appartient.»